Voyage en amoureux en terre hostile et sauvage.

{Patagonie}

Date : 20/02/2020 // Lieu : Buenos Aires, El Calafate, El Chaltén, Puerto Natales, Ushuaïa

Je respire à plein poumon. Je le regarde. Fier, stoïque, imperturbable. La souveraineté de cet ensemble d’à-pics agressifs force le respect. Tel le gardien de la frontière, le mont Fitz Roy semble déterminé à barrer la route à quiconque tenterait de rallier l’Argentine, y compris les nuages. Ce matin-là, nous nous sommes levés aux aurores pour profiter du calme et amorcer nos premiers pas de marche dans le noir. Profiter de cette ambiance mystérieuse lors de laquelle, entre chiens et loups, on ne voit pas les éléments. On les discerne, on les devine, on les sent. Découvrir d’abord ce sommet, au loin, illuminé par les premiers rayons de soleil orangés, pour ensuite venir le contempler de plain-pied après des heures de marche, tel était, entre autres, le but de notre voyage. Un dépaysement total. Une évasion sans limite. Il nous aura fallu pas moins de trente heures et neuf transports différents pour rejoindre El Calafate, dans le sud de l’Argentine, notre première destination. Un point de départ qui nous permettra de découvrir l’ambiance polaire du glacier Perito Moreno où des façades de glaces, de soixante-dix mètres de haut par endroit, se décrochent environ toutes les dix minutes, pour tomber à l’eau dans un fracas assourdissant. Après avoir traversé les prairies arides notre deuxième point de chute sera El Chaltén, où nous feront cette rencontre époustouflante avec ce colosse du Fitz Roy. Nous franchirons ensuite la frontière pour nous rendre à Puerto Natales, au Chili. Ici aussi, nous tomberons sous la surveillance de trois gardiens colossaux : les Torres del Paine. Leur air condescendant nous ramène à notre condition démesurément minuscule d’humains insignifiants. Un retour éclair à El Calafate pour prendre l’avion et nous voilà à Ushuaïa, en Terre de feu. À bord du train du bout du monde nous en apprenons plus sur les origines de ce lieu, autre fois une terre d’asile pour les prisonniers récidivistes qui furent forcés à construire cette ville. Aux alentours, des cimetières d’arbres témoignent à la fois de la déforestation massive de cette époque lointaine et d’une surpopulation de castors, ravageuse pour les forêts locales. Une dernière escapade, mais cette fois en bateau, pour nous permettre de découvrir le canal de Beagle, sa faune et le phare des éclaireurs, appelé par certains le phare du bout du monde.